Exorde
Tome I des Fragments de Neshvar Roman achevé — publication en 2027
Un jeune chasseur quitte les siens pour retrouver celle qui lui a
tout caché.
Sa quête le mènera d’Ermidia à l’Égypte d’Akhénaton, là où la
lumière sert déjà le pouvoir.
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Avant Ermidia, avant l’Égypte d’Akhénaton, Exorde s’ouvre sur une vision : une tranchée, un artefact, un nom qui traverse les mondes. Ce n’est pas un détour. C’est la première fissure.
Extrait destiné à un public adulte — violence de guerre explicite.
Recroquevillé dans un trou d’obus, Qynns s’enfonçait dans la croûte de terre sanglante. Une bête traquée. Sa joue collée à la paroi détrempée, des grains de limon s’incrustaient jusque dans les rides de ses paupières. Ses doigts crispés sur le fusil tremblaient. Le bois gonflé de pluie lui glissait sous la paume. Le canon effleurait ses phalanges : morsure glaciale qui remontait jusqu’au poignet.
Il respirait par saccades. Chaque goulée d’air lui râpait la gorge : urine rance, poudre brûlée, chair grésillée. Au ras du sol, la fumée se tordait en filaments striés d’éclairs, comme si la lumière elle-même déchirait l’air.
À moins d’un mètre, un corps étendu — genoux repliés, tête basculée en arrière — formait avec d’autres silhouettes une muraille grotesque. Les uniformes, délavés, se fondaient dans la gadoue. Un doigt arraché reposait sur un morceau de crosse ; un filet noirci s’en échappait encore. Qynns détourna les yeux, mais l’image resta imprimée dans son regard.
Au-dessus de lui, les gémissements des blessés se mêlaient aux ordres hurlés, portés par des voix que le vacarme réduisait à des déchirures sonores. Parfois, un bras jaillissait, dessinant un ordre sec, l’invitant à bondir. Chaque geste était net, tranchant, mais le sens était toujours le même : avance.
Son uniforme bleu horizon avait perdu toute couleur. La toile était saturée de terre, de sang séché, de sueur. Les brodequins, alourdis de gadoue, semblaient vouloir l’enraciner dans ce trou. Mais la tension qui pulsait dans ses veines avait chassé la peur, effacé toute pensée, toute émotion, jusqu’au souvenir qu’il pouvait mourir. Il n’était plus qu’un mécanisme tendu, prêt à s’élancer.
Un coup de sifflet fendit l’air — un son sec, métallique, qui sembla transpercer directement ses tympans. Qynns se redressa dans le même geste, comme tiré par une corde invisible. Le casque ballotta sur son crâne, cognant sa tempe, tandis que ses bottes arrachaient à la boue un bruit de succion immonde.
Les balles passaient, invisibles mais sonores, griffant l’air de stridences, pareilles à des fouets acérés. Par endroits, elles heurtaient un casque, éclat métallique éclaboussant l’air ; ailleurs, un crâne s’ouvrait dans un craquement mat. Sous ses pieds, un bras désarticulé céda telle une branche morte. Allié. Ennemi. Impossible à dire.
Autour de lui, des silhouettes jaillissaient puis s’effaçaient dans les gerbes de terre. Des gueules hurlantes, crispées par l’effort ou la peur, s’ouvraient et se refermaient dans le chaos. Les fusils crachaient, les baïonnettes luisaient un instant avant de s’enfoncer, puis de ressortir écarlates. L’air vibrait d’un grondement épais, mélange de bêlements déformés et de mitraille, résonnant jusque dans ses os.
Sans chercher l’abri, Qynns sauta par-dessus un parapet effondré et plongea dans la fosse ennemie. Sa baïonnette trouva un thorax : résistance fugace, chair qui cède, vibration sèche qui remonta le long de ses bras. L’homme en face de lui — jeune, casque à pointe — ouvrit la bouche pour crier, mais aucun son n’en sortit. Il s’effondra, comme si l’air lui avait été arraché d’un coup.
La pluie, ténue et obstinée, plaquait la boue contre ses joues. À droite, à gauche, les hommes s’agrippaient tels des naufragés, leurs visages à quelques centimètres l’un de l’autre, mêlant haleine et plaie. Les corps s’enroulaient et s’écrasaient dans la bourbe, laissant des traces vermeilles que la pluie ne suffisait pas à effacer. Plus loin, un torse arraché gisait : les rats, trempés, s’enfuyaient par à-coups.
Comment pouvait-il être encore vivant ?
Il fallait continuer, avancer, repousser l’autre ne serait-ce que de quelques mètres. Il se devait de garder cet espace clos le plus longtemps possible.
Ou en tous cas assez longtemps pour mettre la main sur le fragment de Neshvar.
Malgré le marasme l’entourant, Qynns força son œil entraîné à isoler l’objet au milieu du tumulte.
— Bouge, bordel, les fritz nous canardent !
Il tourna la tête au moment où on le poussait au sol. Impossible de savoir qui vociférait. Dans cet enfer, les hommes n’avaient pour visage qu’une boue grimaçante, et pour identité leurs yeux et leurs dents. Ils ne connaissaient pas le nom des camarades avec lesquels ils se battaient. Seuls des surnoms jaillissaient ici ou là, sans rien qui dise la personne. La mort étant présente à chaque minute du jour ou de la nuit, comment se lier à quelqu’un ? Comment ressentir la moindre peine, la moindre affliction alors que ce sauveur anonyme se faisait découper en deux par une rafale de mitrailleuse ?
Ne pas rester ici plus longtemps. Retrouver le fragment.
Son pouls fit un bond sec.
Dans le limon des agonies, Qynns aperçut une lueur orangée éclairer une bouche de terre ouverte par une grenade.
Le fragment était là. Abordable. Il le savait. Il le sentait.
Accroupi, il se faufila comme il le put au milieu d’indistinctes jambes enfoncées jusqu’aux mollets dans la bauge noire. Arrivé à bonne hauteur, il glissa sa main dans l’embouchure et extirpa une roche difforme.
L’objet diffusait une clarté paisible — contraste insoutenable avec la tranchée. Cette lueur se reflétait dans son iris au moment même où une balle vint s’écraser sur sa tempe. Elle ne le blessa pas : il n’en ressentit qu’un choc léger, comme une pichenette. Telle une goutte d’eau brisée au contact d’un objet solide, le projectile s’émietta sur son visage en un son de verre brisé, l’impact éclata en une poussière de fer qui se dispersa dans ses cheveux.
Qynns, impassible, leva les yeux vers son agresseur. Toujours agenouillé, positionné face à lui, il pouvait deviner l’index ganté faire à nouveau pression sur la gâchette du pistolet pointé dans sa direction.
Une fulgurance déchira la scène.
Il ressentit toute la puissance du chien relâché, de l’amorce frappée. Un halo nimba le canon, et le projectile jaillit dans une gerbe de feu. L’arme expulsa sa douille. La balle commença à traverser la dizaine de mètres séparant les deux hommes. Sa trajectoire rectiligne la fit survoler un décor d’yeux fermés, de lèvres ouvertes, de mains inertes. Elle plana, traversant le crachin qui glaçait la tranchée et les chairs.
La pierre vibrait dans ses mains. Son aura se faisait de plus en plus puissante. Comme poussé par un bouclier déflecteur, le petit missile dévia de sa trajectoire pour aller s’écraser sur un des pans de la tranchée.
— Dwirr, bredouilla Qynns.
Abasourdi, le chargeur vide, l’Allemand tira un poignard à lame fine et courut dans sa direction, exsudant sa rage. Ses foulées réduisaient l’écart ; chaque pas faisait vibrer la tranchée telle une houle, les murs ondulant sous ses impacts. Pour Qynns, sa voix n’était plus qu’un grondement lointain. Il se trouvait à une poignée de centimètres de lui, et son avant-bras armé débuta sa descente inexorable.
— Dwirr…
Un linceul de lumière enveloppa la lame. Le tranchant se désintégra. Un brouillard corrosif se forma autour du manche, et cette gangrène instantanée remonta par la main du soldat. Voulant s’en débarrasser, il eut un mouvement de recul, mais déjà le phénomène le prenait au col. Sa bouche s’ouvrit, silencieuse. La lumière rongea son crâne, ses yeux fixés sur Qynns jusqu’à ce que sa silhouette se dissolve.
La marée se répandit bientôt au sol, suivie par des portions entières de la fosse. Les gouttes de pluie ne tombaient plus mais remontaient vers des nuages qui se délitaient. Les murs de terre perdirent leur consistance et s’évaporèrent. Les images d’horreur dans lesquelles Qynns se noyait jusque-là fondirent.
Les émanations orangées de la pierre l’enrobèrent, le préservèrent de la destruction.
Maintenu dans son cocon lumineux, il fut happé par la nuque.
— DWIRR !!!
Ce qui distingue Exorde
Exorde ouvre une fantasy adulte, sensorielle et historique, construite autour de choix moraux, de civilisations en tension et de personnages qui avancent rarement sans se blesser.
Une fantasy adulte, non lissée
Exorde privilégie l’ampleur, la friction et la sensation. Les choix y laissent des traces ; la magie n’efface ni la fatigue, ni la peur, ni la responsabilité.
L’Histoire comme matière vivante
Au cœur de l’Égypte amarnienne, la réforme religieuse devient matière romanesque : temples, pouvoir, foi et lumière entrent en collision.
Un héros fautif avant d’être héroïque
Qynns avance avec une faute initiale. Avant le héros, il y a le fils qui fuit, l’homme qui désire, celui qui découvre trop tard le prix de ses décisions.
Un antagoniste qui se croit nécessaire
Norion tire sa force d’une logique presque rassurante : protéger les siens, guider les humains, maîtriser l’avenir. Sa menace naît de cette certitude.
Un monde révélé par les corps
Le monde se comprend d’abord par les sensations : poussière dans la gorge, lumière sur la pierre, faim, froid, douleur, souffle court, gestes appris dans l’urgence.
Des dialogues de confrontation
Dans les confrontations, chaque voix porte une blessure ou une doctrine. Nia tranche, Norion séduit, Horemheb dissèque, Qynns résiste.
Figures centrales
Trois présences ouvrent la faille d’Exorde : celui qui cherche, celle qui s’est tue, celui qui prétend sauver.
Qynns
Un chasseur d’Ermidia, habité par l’appel d’un artefact qu’il ne comprend pas encore.
Nia
Chamane, mère, gardienne d’un secret dont le silence déclenche toute la quête.
Norion
Un homme persuadé d’agir pour sauver les siens, et prêt à faire de la lumière un instrument de domination.
Ce que vous trouverez dans Exorde
Exorde s’adresse aux lecteurs qui aiment les mondes denses, les personnages imparfaits, les civilisations en tension et les récits où chaque choix laisse une trace.
Nul besoin de connaître l’Égypte ancienne, ni d’avoir lu des milliers de pages de fantasy : le roman s’ouvre par une quête simple — un fils cherche celle qui l’a élevé — avant de révéler peu à peu l’ampleur des mondes qu’elle dissimulait.
Exorde est une porte d’entrée exigeante, mais accueillante : une fantasy de sensations, de conflits moraux, de lumière dangereuse et de responsabilités impossibles.